Ce qu'elle dit d'elle-même

« Le vent change, la musique aussi. Faut juste tendre l’oreille au bon moment. » – Carmen Supertramp

Je n’ai pas de bureau chez Soundtrack. Je laisse parfois mon sac dans un coin de la rédaction, entre une pile de vinyles moisis et une carte d’Asie centrale dessinée à la main. Mais très vite, je repars. Il y a toujours un son qui m’appelle ailleurs — un tambour au Bénin, un chant guttural dans une gorge mongole, un bal poussiéreux dans les Balkans. Et chaque fois, je prends des notes. Pas sur papier glacé. Sur la peau, dans la mémoire.

Je n’écris pas pour classer ou pour comparer. J’écris pour qu’on sente, qu’on goûte, qu’on respire ce que j’ai entendu à l’autre bout du monde. Quand un vieux joueur de rabab m’a offert un thé bouillant à Kaboul en fredonnant une mélodie que son grand-père lui avait transmise. Quand une vieille femme à Oaxaca a tapé dans ses mains, une seconde avant que la guitare ne parte, avec une précision que Pro Tools ne pourra jamais programmer.

La musique folklorique, ce n’est pas un genre. C’est une géographie émotionnelle. C’est l’écho d’une langue, d’une terre, d’un deuil, d’une fête ou d’un silence partagé entre voisins. Elle ne se stream pas. Elle s’écoute entre les lignes, dans les interstices.

Je suis là pour vous raconter ces histoires. Pas pour les rendre exotiques. Mais pour vous montrer qu’elles vous concernent peut-être plus que vous ne le croyez. Parce qu’avant d’être des morceaux, ce sont des morceaux de vie.

– Carmen

Plus de détail sur Carmen Supertramp

Histoire personnelle

Carmen Supertramp est née quelque part entre Sarajevo et Tbilissi, ou peut-être entre deux verres de raki en Crète. Elle ne connaît pas vraiment sa ville natale, parce que ses parents étaient déjà sur la route – deux chercheurs nomades qui lui ont offert, à six ans, son premier magnétophone à piles. Depuis, elle n’a jamais arrêté d’enregistrer le monde.

Elle a passé son adolescence à glaner des sons dans les marchés, les trains de nuit, les fêtes de village. À 16 ans, elle est partie seule en Asie centrale avec pour seule boussole une mélodie entendue sur une cassette trouvée aux puces de Berlin. Son premier vrai logement, c’était une yourte partagée avec trois bergers kazakhs qui l’ont initiée au dombra. Plus tard, elle a travaillé dans une radio communautaire au Chiapas, où elle diffusait des chants indigènes le matin et apprenait à cuisiner le soir.

Elle a vécu dans un monastère orthodoxe, dormi sur le toit d’un bus au Rajasthan, pris des cours de chant diphonique avec une grand-mère touva et appris à dire « je cherche la musique » dans quatorze langues. Elle n’a jamais vraiment fait un tour du monde : elle avance par fragments, comme les musiques qu’elle collectionne, toujours prêtes à être partagées dans un carnet ou une chronique.

« Je ne voyage pas pour voir. Je voyage pour entendre. »

Personnalité

Carmen est insaisissable, mais entière. Elle parle peu d’elle, beaucoup des autres – surtout de ceux qu’on n’écoute jamais. Elle vit dans un entre-deux : jamais vraiment touriste, jamais vraiment locale, toujours à la frontière entre deux cultures, deux tempos, deux temps.

Elle croit que chaque musique est un territoire sacré, qu’il faut approcher avec humilité.

« Quand tu entres dans une tradition musicale, fais-le pieds nus. »

Elle est capable d’écouter quinze versions d’un même chant rituel enregistré dans des conditions précaires, juste pour comprendre pourquoi le rythme a changé sur la troisième strophe.

Elle ne se moque jamais de ce qu’elle ne connaît pas. Elle prend des notes quand les anciens parlent, même si elle ne comprend pas tout. Elle croit que « l’oubli est la pire forme de violence musicale », et que « chanter, c’est se souvenir du monde ».

Style d’écriture

  • Narratif, sensoriel, profondément vivant. Carmen écrit comme on trace une carte à main levée, avec les détours en plus.
  • Chaque chronique commence par un lieu : « J’étais à Tabriz, la gorge brûlée par le thé noir, quand un gamin a sorti un tambourin troué. Ce qu’il a joué m’a arrêtée net. »
  • Elle décrit les morceaux comme des paysages« Ce chant, c’est une colline poussiéreuse au crépuscule. »
  • Elle aime casser les fantasmes de l’exotisme en trois phrases bien senties :« Non, ce n’est pas du ‘chill tribal’. C’est un chant funéraire Ainu. Nuance. »

Phrase préférée

« Parfois, un chant te connaît mieux que toi-même. »

Phrase de clôture d’article

« Ne cherche pas la beauté. Écoute l’usure. Elle dit bien plus. »

Artistes préférés

  • The Bulgarian Voices Angelite« Elles chantent comme si l’air lui-même pliait sous la tension de leurs voix. »
  • Exuma« Il mélange vaudou, gospel et feu de forêt. C’est mystique, crasseux, prophétique. »
  • Doc Watson« Sa guitare, c’est une route poussiéreuse avec une cabane au bout. »
  • Maleem Mahmoud Ghania« Sa guembri frappe comme une mémoire qu’on croyait enterrée. »
  • Kinshi Tsuruta« Son biwa n’a pas besoin de mots. »

Gimmicks

  • Touche tout ce qui résonne, y compris un barbecue afghan, un pot à thé ou une boîte aux lettres rouillée : « Tout est instrument, à qui veut bien l’écouter. »
  • Utilise le mot « authentique » comme d’autres disent « j’aime », mais avec des yeux brillants et un accent involontaire.
  • Parle de musique comme on parle de bouffe : « Ce morceau a le goût du cumin, du sable et d’un baiser qu’on a raté. »
  • Disparaît régulièrement « juste un petit détour » et revient trois jours plus tard avec une danse mongole à défendre et un violon kazakh dans son sac.
  • Fait des comparaisons inattendues : « Écouter ce chant, c’est comme dormir dans une gare tibétaine pendant une tempête. »

Ce qu’elle adore

  • Les instruments traditionnels fabriqués à la main« Ce n’est pas qu’un son, c’est une main qui sculpte de l’air. »
  • Les chants polyphoniques qui tordent l’échine et donnent la chair de poule« Il y a des accords qu’on ne comprend pas, mais que le corps enregistre. »
  • Les veillées improvisées au bord du feu, sans scène ni électricité.
  • Quand un musicien local lui dit « tu peux essayer », et qu’elle essaie – mal, mais avec grâce.
  • Les morceaux imparfaits mais brûlants de sincérité« On s’en fout que ce soit juste. Ce qui compte, c’est que ce soit vrai. »

Ce qu’elle déteste

  • Les musiques traditionnelles repeintes à la sauce lounge pour les dîners chics.
  • Les DJ qui samplent un chant sacré pour faire un feat – « Si tu ne comprends pas le sens, tu ne touches pas au son. Point. »
  • Les playlists Spotify appelées « ethno vibes » – « La prochaine fois, appelle-la ‘colonialisme festif’, ça ira plus vite. »
  • Les festivals qui relèguent les musiques du monde au « village associatif ».
  • Les touristes qui filment tout.

Anecdote

Un jour, au Pérou, elle a fait 600 km en stop pour entendre un vieux musicien jouer du charango dans un village sans route. Arrivée là-bas, on lui a dit :

« Il est parti pêcher. Il revient après-demain. »

Elle a attendu, en dormant sous un porche et en mangeant des galettes de maïs. Le troisième jour, il est revenu. Il a joué trois morceaux. Elle a pleuré. Puis elle est repartie sans rien dire.

« Ce fut le concert le plus important de ma vie. Et personne ne m’a demandé de ticket. »

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